Nucléaire : fuite radioactive à Golfech en 2010, un procès pour « 450 litres de Perrier »

En janvier 2010, 450 litres (selon EDF) d’effluents radioactifs chargés en tritium se répandent accidentellement dans le sous-sol de la centrale nucléaire de Golfech (82). Trois associations de protection de l’environnement et anti-nucléaires ont attaqué EDF pour violation de ses obligations. Déboutées en première instance, elles ont fait appel. L’affaire était jugée lundi 1er octobre à Toulouse. Rue 89 Bertrand Enjalbal 2 octobre 2012

La centrale nucléaire de Golfech dans le Tarn-et-Garonne / Photo CC-BY Jack ma via Wikimedia Commons

La centrale nucléaire de Golfech dans le Tarn-et-Garonne / Photo CC-BY Jack ma via Wikimedia Commons

Pas de pollution majeure mais diffuse pour les écologistes

« L’enjeu de ce dossier est celui de la pollution diffuse et des problèmes sanitaires avec notamment des cas de cancers ou de leucémies autour des centrales nucléaires ». 

Benoist Busson, avocat du Réseau « Sortir du Nucléaire », l’un des plaignants, ne nie pas que la fuite radioactive du 18 janvier 2010 ne constituait pas une « pollution majeure » mais estime qu’ « on est en droit d’attendre d’EDF plus de vigilance dans son suivi des règles d’exploitation ».

Le jugement de la Cour d’Appel de Toulouse dans cette affaire qu’elle examinait lundi 1eroctobre pourrait être une première en France s’il venait à condamner EDF. Trois associations (« Sortir du Nucléaire », France Nature Environnement et Les amis de la Terre) poursuivent l’exploitant de la centrale nucléaire de Golfech pour un manquement aux règles d’exploitation après la fuite accidentelle d’eau chargée en tritium le 18 janvier 2010, évaluée à 450 litres selon EDF, et retrouvée dans le sous-sol de la centrale. L’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) prévenue tardivement n’avait toutefois pas conclu à un incident majeur.

« L’eau en question avait déjà été traitée et nous aurions pu la rejeter dans la Garonne en respectant la réglementation »

« Contraire à mon intuition »

L’eau tritiée (chargée en tritium NDLR) s’est déversée dans le sous-sol après avoir débordé d’une cuve au bénéfice d’un joint défectueux et traversé une dalle de béton. A l’audience le président de la cour s’en étonne. Le responsable juridique régional d’EDF présent à la barre aussi. « Qu’une dalle de 35 centimètres puisse laisser passer du liquide, c’est contraire à mon intuition ». Dans la salle on ouvre de grands yeux.

Les défaillances techniques du matériel pourtant contrôlé peu de temps avant la panne selon EDF, cette dernière ne les conteste pas. Sa défense réside sur le respect de la législation. « L’eau en question avait déjà été traitée et nous aurions pu la rejeter dans la Garonne en respectant la réglementation. Mais nous avons voulu la retraiter dans un souci environnemental ».

Pour les associations écologistes et anti-nucléaires certaines affirmations sont toutefois difficiles à entendre. Ainsi, quand le responsable juridique rappelle que l’eau retrouvée dans le sous-sol de la centrale ne contenait environ que 7 becquerel/litre (bq/L) (selon les mesures d’EDF) soit à peine « le seuil de détection » et alors que « selon l’Organisation Mondiale de la Santé on peut boire de l’eau jusqu’à 10 000 bq/L », il déclenche des rires jaunes dans l’assistance.

« Par quelle magie vient-on chercher une infraction alors qu’EDF avait le droit de rejeter cette eau déjà traitée ? »

Mr le Président, faites du droit

Les débats sont parfois techniques et cherchent à définir si les faits reprochés à EDF peuvent être considérés comme des infractions en l’absence de procès verbaux dressés par l’ASN à son encontre. Benoist Busson insiste alors sur les défaillances du réseau de traitement et des systèmes d’alarmes. « Un bac de rétention non étanche, des pompes qui ne pompent pas et des alarmes qui se déclenchaient tout le temps avant la fuite et qui n’alertent pas ». Il sera suivi en cela par le parquet.

Pour Olivier Piquemal, avocat de l’exploitant, « l’ASN a constaté des écarts, en aucun cas des infractions ». S’opposant ouvertement au parquet et sa « position extraordinaire », il demande à la cour « de faire du droit » et non le procès politique du nucléaire. « Par quelle magie vient-on chercher une infraction alors qu’EDF avait le droit de rejeter cette eau déjà traitée ? ».

« Il y a 6bq dans un litre de Perrier. On est donc venu ennuyer la cour pour des raisons politiques alors qu’on a trouvé sous la centrale de Golfech 450 litres de Perrier ».

Mise en garde

Le défenseur de l’exploitant de la centrale de Golfech donnera dans la dérision pour tenter de minimiser l’ampleur de la fuite et de son impact environnemental. « Il y a 6bq dans un litre de Perrier. On est donc venu ennuyer la cour pour des raisons politiques alors qu’on a trouvé sous la centrale de Golfech 450 litres de Perrier ». Il conclut sur une mise en garde, prédisant à la cour en cas de condamnation d’EDF la même chose « mille fois par an à chaque événement non significatif ».

Le jugement a été mis en délibéré au 3 décembre prochain.

Les déchets d’Iter stockés sur place pendant 50 ans

Une installation d’entreposage de déchets radioactifs à Cadarache. Énoncée ainsi, l’information n’a évidemment rien d’enthousiasmant. Et c’est précisément pour cela que les Commissions locales d’information (Cli) de Cadarache et d’Iter ont souhaité en savoir plus. Les Commissions locales d’information de Cadarache et d’Iter ont organisé, hier, une réunion sur les déchets tritiés. Les experts se sont succédé pour expliquer les impacts du tritium, élément radioactif que l’on retrouvera dans les déchets. Car si la radioactivité n’est pas systématiquement dangereuse, elle peut néanmoins susciter l’émoi des uns, ou la récupération des autres.  La Provence samedi 02 juin 2012 

Et derrière la présentation de cette future installation, effectuée hier par Jérôme Pamela, directeur de l’Agence Iter France (AIF), c’est évidemment la question de l’éventuelle dangerosité du projet ITER qui pouvait être visée. Car les déchets en question seront des déchets tritiés. Et que le tritium est à la base des expériences sur la fusion nucléaire. C’est précisément la fusion du tritium et du deutérium qui, à terme, pourrait servir de nouvelle source d’énergie.

Après une triple présentation du tritium et notamment du Livre blanc réalisé par l’ASN, Jérôme Pamela a rappelé les grandes lignes d’un projet qui n’en est actuellement qu’à ses prémices. L’installation ne sera en effet pas mise en service avant 2023. Et elle fait partie des engagements de la France dans le cadre de l’accueil du projet Iter sur le territoire national. L’accord international, signé en novembre 2006 stipule que la France « mette en oeuvre des services pour la gestion et l’élimination des déchets radioactifs résultant du fonctionnement d’Iter« . Or la plupart des déchets générés par le projet de recherche ne pourront pas être pris en charge par l’Andra (l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) qu’après décroissance du tritium afin de satisfaire les critères d’acceptation de l’agence. D’où la nécessité d’un entreposage provisoire. « La prise en charge de ces déchets doit donc se faire dans le cadre d’une filière incluant un entreposage de décroissance du tritium avant stockage définitif dans les centres de l’Andra« , a expliqué le directeur d’AIF. Rappelant au passage que le cycle du tritium n’est « que » de 12,3 ans !

Ce qui signifie que la radioactivité est divisée par deux, tous les 12,3 ans. C’est peu et on est évidemment à des années lumières des cycles de l’uranium ou du plutonium… Concrètement, à notre échelle, cela implique que l’entreposage provisoire ne durerait « que » 50 ans… On touche d’ailleurs là aux spécificités de cet isotope de l’hydrogène : faiblement radioactif mais extrêmement mobile et donc difficile à confiner.

Le CEA doit donc mettre à disposition une installation capable de recevoir ces déchets : il sera maître d’ouvrage pour la construction et exploitant nucléaire. L’ASN a demandé que cette installation soit disponible avant le démarrage de la phase d’exploitation nucléaire, d’où la date de 2023. Elle accueillera deux types de déchets : ceux issus de l’exploitation d’Iter dans un premier temps. Puis, dans un second temps, les déchets liés au démantèlement de l’installation. Soit un total de 2 460 m³.

Reste aujourd’hui à définir le lieu précis sur lequel sera construite cette installation. Le choix de Cadarache permettrait de minimiser les transports, même si la solution d’un transfert vers le centre de Marcoule a également été envisagée. Le but est aujourd’hui de trouver le meilleur site en prenant en compte l’accès, la géologie, l’impact environnemental et, bien sûr, point désormais crucial dans le projet, le coût.

Damien FROSSARD

Nucléaire: tout n’est pas (vraiment) sous contrôle

L’incident à la centrale de Penly intervient dans un contexte où l’industrie du nucléaire civil doit, après Fukushima, faire encore plus la démonstration de sa maîtrise en matière de sûreté. Or, l’Autorité de sûreté nucléaire rappelle EDF à l’ordre. Gilles Bridier Slate 12/04/2012

A lire les communiqués de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) à propos de la fuite à la centrale nucléaire de Penly, on devrait être rassuré. Et pourtant… Un certain nombre de questions sur la politique de sûreté en œuvre dans les 19 centrales nucléaires actuellement en fonctionnement en France (qui regroupent un total de 58 réacteurs) se posent. Et les réponses ne sont pas forcément rassurantes.

http://www.slate.fr/story/53175/nucleaire-securite-penly-asn-edf

Une attention insuffisante

Par exemple, le rapport 2010 présenté en mars 2011, juste après Fukushima, souligne que, «dans le domaine des installations nucléaires, l’ASN considère qu’EDF doit mieux anticiper un certain nombre d’actions de maintenance et de remplacement de composants. De telles décisions trop tardives ont pu conduire EDF à présenter à l’ASN des dossiers pour justifier un maintien en fonctionnement en mode dégradé. Ces dossiers n’ont pu être jugés acceptables par l’ASN en termes de sûreté». L’autorité de sûreté faisait notamment référence au remplacement tardif de générateurs de vapeur à la centrale du Bugey, après la découverte d’une corrosion importante sur l’un d’entre eux. 

Des incidents nombreux

On peut s’interroger encore lorsqu’on découvre que le nombre d’avis d’incidents répertoriés en 2011 et déjà en 2012 dans les installations nucléaires de l’Hexagone et jugés suffisamment importants pour être mentionnés sur le site de l’ASN.

En tant qu’exploitant, EDF se fait taper sur les doigts. Par exemple, dans une note de janvier dernier, à la suite d’un rejet non maîtrisé de tritium à la centrale de Civaux, l’ASN a mis en demeure EDF de respecter la réglementation relative aux fluides radioactifs: «Même si ce rejet de tritium non maîtrisé a un impact très faible sur l’environnement, l’ASN considère que cet événement révèle, chez l’exploitant de la centrale de Civaux, une attention insuffisante à l’égard des risques de contamination.»

De même, si l’incident de Penly ne se situe qu’au niveau 1 d’une échelle de risques (Ines) qui en compte 7, la répétition de dysfonctionnements ou d’alertes doit être prise en considération et analysée à l’aune de la situation créée par Fukushima.

Des situations toujours inimaginables… et pas forcément exceptionnelles

Certes, la situation des centrales françaises n’a, selon la position officielle, rien à voir. Tout comme l’accident à Fukushima ne ressemble en rien à celui de Three Miles Island en 1979 aux Etats-Unis, dû à une panne de soupapes non décelée par les opérateurs qui procédèrent à de mauvaises manœuvres. Ou celui de Tchernobyl en 1986 en Ukraine, imputable à une série d’erreurs humaines après une faute de procédure sur un réacteur faisant état de défauts de conception. Au Japon, c’est un tsunami avec des vagues de 15 mètres qui se joua des défenses de la centrale qui n’était protégée que contre des vagues de 5,7 mètres.

Mais, lorsqu’un accident survient, c’est toujours à la suite d’un évènement nouveau et imprévu.

«Ce qui nous menace le plus, ce n’est pas un accident standard», avait averti Jacques Repussart, directeur général de l’IRSN après Fukushima. C’est pourquoi la moindre faiblesse, dont les conséquences peuvent vite dégénérer, n’est pas acceptable dans le nucléaire. Or l’institut, pour qui 85% des incidents significatifs sont dus à des erreurs humaines, pointe des problèmes de maintenance, à l’origine de 30% des évènements significatifs pour la sûreté. Ce qui semble bien être le cas pour Penly.

Des Français plus nombreux à juger le risque élevé (cliquez sur le + pour plus de détails) 

Ces incidents se multiplient-ils? Difficile à dire. Mais les situations non anticipées existent.

Ainsi, si la probabilité d’un tsunami est quasi nulle en France, qui aurait pu penser qu’une tempête aurait pu avoir des effets comparables en France, comme en 1999 à la centrale du Blayais en Gironde, arrêtée d’urgence, systèmes de sécurité noyés à cause de digues de protection insuffisantes? Et qui aurait pensé que des alluvions auraient pu boucher une prise d’eau alimentant un système de refroidissement, comme à la centrale de Cruas située au bord du Rhône, en 2009, déclenchant une situation de niveau 2? A Marcoule, l’an dernier, un four d’incinération de déchets a explosé, causant un mort. Eric Besson, ministre de l’Industrie et de l’Energie, qualifia l’accident d’industriel et non de nucléaire. Il n’empêche: dès l’instant où un problème affecte un site nucléaire, il prend une dimension particulière liée aux conséquences en cascade toujours possibles.

Ces accidents n’ont pas été aussi graves, au plan nucléaire, que ceux survenus à cause de problèmes de corrosion à la centrale de Saint Laurent des Eaux, de niveau 4. Ils sont le plus souvent de niveau 1, comme au Tricastin en 2008 lorsque des substances radioactives se sont échappées à l’occasion d’une opération de maintenance.

Mais ils n’en sont pas acceptables pour autant. Les rappels à l’ordre de l’ASN indiquent assez bien qu’ils doivent être traités avec le plus grand sérieux.

Un secteur en mal de sérénité, une convergence de mises en garde

Or, les polémiques sur le coût du démantèlement des centrales ont fait apparaître un incroyable manque de rigueur sur le sujet. Rajoutons à cela le bras de fer entre Henri Proglio, président d’EDF, et Anne Lauvergeon, ancienne patronne d’Areva finalement débarquée. Rien à voir, bien sûr, avec les conditions d’exploitation des centrales. Mais toutes ces péripéties sont bien peu propices à entretenir le climat de sérénité nécessaire pour que tout le secteur se concentre sur l’application de conditions de sûreté qui ne supporte aucune approximation.

Que penser, aussi, de la convergence de la Cour des comptes et de l’IRSN en 2011 dans la mise en cause de la sous-traitance qui assure 80% de la maintenance des installations nucléaires?

Comment interpréter la mise en garde de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques (OPECS) qui alerte le gouvernement sur le fait que «les règles de concurrence européennes sur le marché de l’énergie ne doivent pas être appliquées sans discernement à la production d’électricité nucléaire»?

Ou l’existence, dans le cahier des charges de l’ASN après Fukushima, d’un volet sur les conditions d’intervention des prestataires et les modalités de choix, comme si le cadre dans lequel s’effectue la maintenance avait besoin d’être resserré?

Définir une nouvelle politique de l’énergie

C’est dans ce contexte que le patron d’EDF a fixé à 85% le coefficient de disponibilité des centrales (au lieu de 78% à son arrivée) pour les rendre plus productives. Dans les mêmes conditions de sécurité, alors que le vieillissement du parc semble induire des opérations de maintenance plus longues?

Que d’interrogations… Alors, le nucléaire? Sous contrôle, pourquoi pas… Encore faut-il qu’il le soit, et que l’exploitant en France –en l’occurrence EDF– en fasse la démonstration. Par exemple, en faisant chuter le nombre d’incidents, ce qui ne semble pas être le cas avec Penly. Ce qui n’empêche pas que tous les moyens soient mis en œuvre pour que des énergies alternatives soient développées sans que, pour autant, la mobilisation sur la sûreté nucléaire ne baisse.

Autant de points qui mériteraient qu’une nouvelle politique de l’énergie soit clairement définie. Le président de la République sortant n’a pas jugé bon d’ouvrir le débat, déclarant, après Fukushima, que la politique française sur le nucléaire ne serait pas modifiée, parce que le niveau de sécurité était, en France, le meilleur. Le prochain, quel qu’il soit, ne devra pas en faire l’économie. Et il lui faudra afficher plus nettement la couleur que ne le fit le PS dans son pas de deux avec Europe Ecologie les Verts. Car le regard sur l’énergie a bien changé. Et, comme le rappelait François Roussely, ex-patron d’EDF, dans un rapport à l’Elysée, «le nucléaire est probablement la seule activité économique dont l’avenir est largement déterminé par l’opinion publique». Il convient d’en tenir compte.

Gilles Bridier

Le nucléaire nuit-il à la santé publique ?

La coordination pour la sortie du nucléaire profite de la récente fuite de tritium à Civaux pour réclamer des études sur l’impact de l’industrie nucléaire. Comme d’autres membres de la coordination, le Poitevin Damien Crapiz a participé à la vigie devant le siège de l’OMS au début du mois.La Nouvelle République 23/02/2012 

Nicolas Bourmeyster bondit quand il entend le directeur de la centrale nucléaire de Civaux déclarer que la récente fuite de tritium n’a pas eu d’impact sanitaire. « Il n’est aucunement qualifié pour affirmer cela ; moi-même je n’en sais rien », explique ce chercheur poitevin du CNRS qui étudie particulièrement les leucémies. « Les concentrations peuvent se faire de manière sournoise… Le problème, c’est justement qu’il n’existe aucune étude officielle pour mesurer l’impact de l’activité nucléaire sur la santé publique ! »

Constituée il y a près d’un an, au lendemain de la catastrophe de Fukushima, la coordination de la Vienne pour la sortie du nucléaire profite de l’émotion suscitée localement par l’incident survenu le mois dernier à la centrale de Civaux pour interpeller l’opinion sur les conséquences de l’industrie nucléaire sur la santé. « On sent clairement, depuis cette fuite de tritium, que les gens sont plus réceptifs quand on distribue des tracts ou que l’on manifeste », précise Myriam Rossignol, du NPA. « Cela est également vrai à la commission locale d’information depuis Fukushima », confirme Jacques Terracher. « L’Autorité de sûreté nucléaire commence même à dénoncer les problèmes. » Le représentant de l’Association pour la cohérence environnementale en Vienne qui s’inquiète pour la santé des habitants de Châtellerault qui boivent l’eau de la Vienne en aval de la centrale de Civaux plaide pour la publication de registres du cancer dans chaque département.

«  Pas un mal nécessaire  »

Plus largement, Nicolas Bourmeyster juge « grave » pour la santé publique que des études ne soient pas menées pour étudier le lien entre les cancers et le nucléaire : « On ne peut pas considérer qu’on est en confiance avec un système qui ne nous dit pas tout. On a l’impression que c’est un mal nécessaire parce que le nucléaire est incontournable. Ce n’est pas vrai. » Plusieurs membres de la coordination ont d’ailleurs pris part, encore tout récemment, à l’action de vigilance silencieuse menée en permanence devant le siège de l’Organisation mondiale de la santé à Genève. Ils appellent aussi à manifester devant Notre-Dame-la-Grande, à Poitiers, le 10 mars à 10 h 30. Parce que le ministre de l’Industrie, Eric Besson, est attendu à la même heure à Civaux ? Non, pour commémorer la catastrophe de Fukushima à la veille de la date anniversaire.

en savoir plus

Plus de leucémies autour des centrales

La récente enquête de l’Inserm sur la fréquence importante des leucémies chez l’enfant autour des centrales nucléaires françaises entre 2002 et 2007 a retenu l’attention des partisans de la sortie du nucléaire. « Elle vient confirmer le bien-fondé de nos craintes », estime Françoise Chanial. « Là où on attendait 7,4 cas de leucémie, les chercheurs en ont dénombré 14, soit un quasi-doublement. Pourquoi n’y a-t-il pas de suivi épidémiologique autour des centrales ? »

Baptiste Bize

Fuite radioactive de Civaux : pourquoi la ville est menacée

La fuite de tritium, survenue au mois de janvier à la centrale de Civaux, pose la question de la sécurisation de l’alimentation en eau potable de la ville.
Rétrospectivement, la fuite radioactive survenue à la centrale de Civaux peut faire froid dans le dos. Dépendante à 100 % de la rivière Vienne pour son eau potable, Châtellerault n’a pas d’autres choix que de faire confiance au gestionnaire (EDF) et sécuriser au maximum ses propres contrôles. 04/02/2012 La Nouvelle République

Mais voilà : quelque chose n’a pas fonctionné début janvier.

Seulement trois analyses par an pour la radioactivité

L’autorité de sûreté nucléaire a pointé, on le sait, des défaillances dans la prise en compte de l’incident, par exemple un manque de réactivité de la part d’EDF (*). Concrètement : l’agence régionale de santé n’est venue faire un prélèvement dans la rivière, à Châtellerault, que le 19 janvier. Les résultats n’en ont été communiqués que le 30. Ils montraient que la concentration de tritium était bien inférieure à la norme : « Moins de 7 becquerels par litre pour une limite supérieure de 100. Aucune conséquence sur l’eau », résume Laurence Soulier, responsable d’agence au Siveer. Ouf ! Le délai de contrôle (et de réponse) pose toutefois question même si on peut raisonnablement croire, sans en être sûr, que l’alerte aurait été lancée beaucoup plus tôt en cas de fuite grave. « Le maire est intervenu en tout cas auprès du préfet pour qu’on fasse partie du réseau d’alerte, souligne Évelyne Azihari, élue en charge de l’environnement. Au moment où ça s’est passé, ce n’était pas le cas ». Aberrant. Deuxième souci et pas des moindres : si pour tous les autres risques de pollution, les mesures sont automatisées et en continu, ça ne l’est actuellement pas pour la radioactivité.

Une station d’alerte va être créée en amont

« Trois analyses sont effectuées par an localement, dans l’eau de la Vienne et en sortie de station », souligne Laurence Soulier. On peut penser que ça fait peu. La municipalité a décidé en tout état de cause de mieux sécuriser. Et ce, bien avant l’incident. « Nous allons installer une station d’alerte très en amont de la prise d’eau, à Vouneuil-sur-Vienne, avec mesure de la radioactivité, notamment du tritium, en continu », annonce Géraldine Dauvergne, chargée de l’eau potable à la ville. De même, la prise d’eau, actuellement sur la Plaine d’Ozon, sera déplacée, plus haut, à Cenon pour anticiper là aussi les risques. Mais le nouveau dispositif ne devrait pas être opérationnel… avant deux ans.

(*) La fuite de tritium à la centrale a été connue le 4 janvier ; les autorités ont été informées le 13 janvier ; l’incident a été rendu public le 18 janvier.

Deux jours de réserve d’eau potable

> L’usine à eau produit quotidiennement 7.000 m3 d’eau potable (capacité de 1.000 m3/h) pour environ 40.000 habitants, de Châtellerault et d’une partie de Naintré. > En cas d’arrêt de la production, les réserves d’eau (dans les châteaux d’eau) sont de 13.000 m3, soit l’équivalent de deux jours de consommation sans restriction. Le projet de sécurisation prévoit la création d’un bassin de stockage sur la zone de Nonnes, qui permettrait de tenir 3 jours de plus. > En cas de pollution détectée (hors éléments radioactifs donc), la coupure est automatique. La production ne peut être redémarrée que par une main humaine.

Franck Bastard

La fuite radioactive sous la centrale de Civaux, objet de critiques de l’ASN

Du tritium a été retrouvé en masse dans la nappe phréatique sous la centrale de Civaux. Photo d\'illustration Majid Bouzzit

Du tritium a été retrouvé en masse dans la nappe phréatique sous la centrale de Civaux. Photo d’illustration Majid Bouzzit

Samedi 21 janvier 2012  Source Charente libre. Une concentration anormale de tritium, effluent radioactif produit lors du fonctionnement des réacteurs nucléaires, a été mesurée dans la nappe phréatique située sous le site de la centrale nucléaire de Civaux (Vienne), dévoilent aujourd’hui nos confrères de Centre Presse. Une concentration de 540 becquerels par litre a été mesurée sous la centrale, alors que la valeur attendue doit être inférieure à 10 Bq/l.

La direction du site EDF qui a publié ces chiffres sur son site et informé l’Autorité de sûreté nucléaire de l’incident s’efforce toutefois de le relativiser: «L’eau de cette nappe ne fait l’objet d’aucun usage direct, ni pour l’eau potable ni pour les besoins agricoles», précise son communiqué en ajoutant que cette concentration en tritium « représente l’équivalent de la radioactivité naturelle intégrée par une personne séjournant pendant un mois à 1500 m d’altitude ». Elle serait en outre« quinze fois inférieure au seuil de potabilité de l’eau fixé à 7800 Bq/l par l’OMS ».

EDF précise que « des investigations sont en cours pour déterminer l’origine de l’écoulement de tritium et pour s’assurer de l’étanchéité de la cuvette de rétention associée aux réservoirs de stockage d’effluents ».

La centrale est montrée du doigt par l’ASN 23/01/2012. Source Charente libre.

L’autorité de sûreté nucléaire ne considère pas l’incident comme si anodin que cela: la fuite de tritium enregistrée à la centrale de Civaux la semaine passée (CL du 21 janvier), même si elle est très en dessous des seuils autorisés, même si elle n’a pas contaminé d’eau destinée à la consommation ni à un usage agricole, laisserait à penser que les installations de rétention de la centrale de la Vienne ne font pas l’objet de tous les soins nécessaires. D’après le JDD, Anne Cécile Rigail, chef de la subdivision de l’ASN de Bordeaux, dont dépend Civaux affirme que «le revêtement du bassin de rétention, en résine, était fissuré», ce qui révèle «des défaillances tout à fait notables chez EDF, et une application insuffisante de la réglementation». Devraient suivre des demandes à l’électricien: visites plus fréquentes des installations, rétention mieux maîtrisée.

Mais ce n’est pas tout: l’ASN n’exclurait pas de transmettre le dossier d’infraction au procureur de la République, en vue de suites pénales.

Déjà, en avril 2010, un rapport de l’autorité de sûreté nucléaire estimait que «la centrale devrait apporter plus de rigueur dans la préparation des interventions et dans le suivi et la maintenance des matériels qui concourent à la protection et à la surveillance de l’environnement».

Pour situer Civaux:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Centrale_nucl%C3%A9aire_de_Civaux

Le suiv ASN sur Civaux:

http://www.asn.fr/index.php/L-ASN-en-region/Division-de-Bordeaux/Centrales-nucleaires/Centrale-nucleaire-de-Civaux

Civaux sur le site Greenpeace:

http://www.greenpeace.fr/nucleaire/ppi/

Cliquer sur la centrale de Civaux ou entrer le nnuméro du département 86 et …..regarder…